Avoir tort d’aimer la paix ou de haïr la violence

L’onde de choc suscitée par l’effondrement du régime Kadhafi en Libye atteint gravement le Mali. Une guerre déclenchée par des éléments venus de la Libye dévaste le nord du pays. Une partie de la population fuit dans les pays voisins : Algérie, Burkina, Niger, Mauritanie. Malgré la production des vivres globalement excédentaire au dire des experts du Ministère de l’Agriculture du Mali, la situation alimentaire serait difficile dans trois régions, Gao, Kidal et Tombouctou, et dans des poches situées dans d’autres régions. La circulation des produits alimentaires serait passablement entravée par les effets des mesures prises pour éviter l’extension de l’insécurité dans des régions situées plus au sud. Celles-ci font partie en effet de la zone pour laquelle les rebelles réclament l’indépendance pour former un nouvel Etat, l’Azawad, qui réunirait une bande désertique allant de la Mauritanie au nord du Niger. La situation sanitaire serait tout aussi catastrophique.



Avoir tort d’aimer la paix ou de haïr la violence
La question que beaucoup d’observateurs se posent est pourquoi le Mali est-il le premier pays à subir les effets de la disparition brutale et rapide du régime Kadhafi ? Les principales raisons avancées sont la faiblesse de l’administration civile et militaire dans cette région désertique ; les difficultés de déplacement et de communication ; l’enracinement ancien de la rébellion dans le tissu social ; et le soutien supposé que lui apporteraient les populations locales qui se sentiraient peu intégrées aux populations négro-africaines des autres régions du Mali. Rappelons que la première rébellion a commencé aussitôt après l’indépendance, dans les années 1963. Certains ajoutent l’action des trafiquants de cigarettes, de drogues, d’armes ou de migrants qui auraient transformé cet espace en plaque tournante de ce commerce juteux et qui disposeraient de ressources confortables pour corrompre ou intimider certains agents de l’administration de la sécurité. Enfin, d’autres croient y déceler une collusion entre ces nouveaux combattants et les adeptes d’Al Quaida au Magreb Islamique. Difficile pour le moment de savoir ce qui relève de la vérité et de ce qui est de l’ordre des supputations. Surtout qu’en pareilles situations, les informations exactes sont rares. Ce déficit de communication est un des reproches faits au gouvernement malien et principalement au Président Amadou Toumani Touré par les femmes des soldats engagés sur le front et bien sûr par ses détracteurs politiques qui trouvent là une faille à exploiter pour ternir la très bonne image de ce général atypique. Prestigieux pour avoir pris la direction du mouvement qui a mis fin au régime du très autoritaire Moussa Traoré et avoir remis le pouvoir aux civils pendant que d’autres s’accrochent au pouvoir comme des sangsues. Prestigieux également pour être revenu au pouvoir par la voie démocratique et avoir refusé de se représenter aux élections après dix ans au pouvoir, malgré les pressions de certaines personnes de son entourage. Et voilà qu’à quelques jours de son repos mérité, cet exemple rare est gravement critiqué et vilipendé. Certains vont même jusqu’à le soupçonner d’avoir laissé pourrir la situation pour pouvoir reporter les élections et rester au pouvoir ou d’être de connivence avec la rébellion. Plusieurs voix lui reprochent son parti pris pour la voie du dialogue dans la résolution tous les conflits ; au Mali comme ailleurs en Afrique. Ses détracteurs lui reprochent de ne pas avoir organisé la loi du talion, œil pour œil et dent pour dent. Ne pas avoir accumulé des armes et équipé correctement l’armée pour parer à toute éventualité. Ses détracteurs y voient de la mollesse ou de la négligence.
Ainsi donc va la loi du monde dans lequel ceux qui misent sur le dialogue entre les gens et les pays, ceux qui refusent la violence et préfèrent la paix, ceux qui préfèrent investir le peu de ressources disponibles dans la lutte pour le développement au lieu d’acculer des armes, sont durement jugés. ATT n’est pas le seul dirigeant africain pour qui cette option pour le développement et contre l’accumulation de la quincaillerie militaire se retourne contre lui. Le coût du choix pour la paix et le dialogue - quand on vit dans un environnement où des voisins n’en veulent pas mais préfèrent plutôt pêcher dans les eaux troubles – peut se révéler catastrophique pour soi et pour le pays. Dans le monde tel qu’il est, les adeptes de Gandhi ont encore du souci à se faire. Et que fait l’Union Africaine ? Rien. Que peut-elle faire d’ailleurs que constater les dégâts de son insignifiance face à la crise libyenne et le précédent créé avec l’acceptation de la partition du Soudan en deux Etats indépendants ! A qui le tour demain ? Regardez la carte de l’Afrique : les zones de conflits frontaliers, ethniques, tribaux et religieux ne manquent pas. Conflits aiguisés, suscités ou entretenus par des rapaces internationaux. Hier leur devise était diviser pour régner, aujourd’hui c’est diviser pour piller. Quand les Africains cesseront-ils d’être des marionnettes?

Mardi 28 Février 2012


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C’est un grand honneur que vous me faites de visiter mon site personnel. J’ai créé ces pages pour m’exprimer en toute liberté, en dehors de toute contrainte institutionnelle. Pour jouir de quelques-uns des droits fondamentaux de l’humain : ceux de penser et de s’exprimer. Mais également pour remplir quelques-uns des devoirs qui nous incombent, surtout nous les Africains : de partager, de dialoguer, d’échanger et de co-construire l’Afrique et le monde de demain. Or, cette construction passe nécessairement par le débat d’idées qui non seulement satisfassent nos préoccupations intellectuelles, mais également éclairent l’intervention des acteurs du présent et de l’avenir du monde et du continent africain en particulier.

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Pourquoi avoir créé ce site? Depuis mon jeune âge je suis un passionné de la lecture et un jour je me suis demandé pourquoi je n’écrirai pas moi-même. D’ autant plus que bien des fois dans mes lectures, il arrivait que je retrouve des idées que j’avais eues ou défendues des années auparavant sans oser les coucher par écrit et les porter à la connaissance des autres - par timidité, excès de modestie ou peut-être insuffisance de confiance en moi-même. Parce qu’à un certain moment, il faut s’acquitter de sa dette de reconnaissance envers ses parents, ses amis, ses éducateurs, son pays et tous ceux que la vie a mis sur son chemin et qui, d’une façon ou d’une autre, ont fait de soi ce que l’on est, en complément de son patrimoine génétique. En ce qui me concerne, en tant que professionnel de la recherche pour le développement, cette dette consiste, me semble-t-il, à apporter ma contribution, fusse-elle minime, dans le domaine de la génération et de la diffusion des idées et des pratiques. Afin qu’elles puissent aider ceux qui sont en charge des destinées des gens, à remplir leur mission en se fondant sur des évidences scientifiques et des débats citoyens responsables, contradictoires et participatifs.
D’où vient le matériau de mes réflexions ? De l’observation de ce qui se passe autour de moi lors de mes nombreux voyages en Afrique, en Europe et en Amérique du Nord ; des lectures de livres et de la presse internationale ; de contributions aux colloques, séminaires, ateliers et conférences ; de participations aux jurys de thèses de doctorats, de mémoires de fin d’études; de la revue d’articles de revues qui me sont soumis par les rédacteurs ; des conversations et entretiens que j’ai avec des chercheurs, gestionnaires de recherches, décideurs politiques, bailleurs de fonds, responsables d’ONG, paysans, petits entrepreneurs du secteur agro-alimentaire, agents des collectivités locales ; de mes amis et collègues. De par mon métier, mon tempérament et le style de vie que j’ai choisi, je passe l’essentiel de mon temps à réfléchir. A imaginer ce que serait une Afrique puissante, démocratique et généreuse pour ses enfants. Un jour, j’ai pensé qu’il serait peut-être utile de partager ces idées avec les autres.
La location et l’entretien de ce site sont complètement à ma charge. Jusqu’à aujourd’hui, je suis l’unique auteur des articles qui sont y sont publiés. Comme d’autres utilisent leur temps libre pour écouter la musique, regarder la télévision, faire un sport, causer avec leurs amis, prendre un pot ou à d’autres hobby, moi j’en consacre la quasi-totalité à la lecture et à la préparation de mes contributions.
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 Cordialement et à très bientôt
Dr Innocent Butaré.


Exploitations Agricoles Burkina Septembre 2011
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