Compter sur ses propres forces pour préserver ou reconquérir sa dignité

On prête à l’ancien dirigeant chinois Mao Zedong à défaut d’avoir eu, au moins d’avoir popularisé cette idée « compter sur ses propres forces ». On la retrouve ailleurs dans plusieurs traditions sous forme de maximes. Par exemple, les Français disent « aide-toi et le ciel t’aidera » et les Rwandais « l’aide que tu attends des autres vient toujours très tard » . Ce principe est valable aussi bien pour les pays, les organisations que pour les individus.

Dr Innocent Butaré



Compter sur ses propres forces pour préserver  ou reconquérir sa dignité
 En matière de politique de développement économique,  Mwalimu Julius Nyerere de Tanzanie l’a essayée sous la dénomination de « self reliance ».  Le Burkinabé Thomas  Sankara s’en est fortement inspiré notamment en lançant la fameuse « bataille du rail »[[1]]url:#_ftn1 .  Les deux dirigeants ont eu tort d’avoir raison trop tôt pendant que l’environnement international et national n’était pas encore favorable.  Jusqu’à aujourd’hui, la grande majorité des  dirigeants africains et de l’intelligentsia refusent de  l’adopter comme principe guidant leurs comportements, leurs prises de décision et leurs rapports avec les autres.  Contrairement aux paysans et aux acteurs du secteur dit informel  qui, chaque jour, se lèvent à  l’aube  et se couchent tard dans la nuit  pour assurer la survie de leurs familles et la leur, les dirigeants africains et l’intelligentsia, eux, ont choisi  de se reposer sur l’appui des pays occidentaux, du Japon , de la Chine et des institutions internationales pour tirer leur pays de la pauvreté. On en voit les résultats : la misère généralisée, les bidonvilles insalubres, la famine, la jeunesse qui se noie dans la mer ou qui périt dans le Sahara en fuyant le continent.
Compter sur ses propres forces commence d’abord par croire en ses forces et en celles de sa communauté ou de son peuple (self confidence).  Pour qu’un jour, le premier président noir des USA,  Barack Obama  puisse prononcer le fameux « Yes we can » il a fallu que pendant des années il se répète à lui-même : «  yes I can ». Bien que noir et donc « handicapé  social » aux Etats-Unis - comme dans d’autres sociétés - ,  il doit s’être dit je veux  réussir,  je dois réussir, je réussirai et je m’en donne les moyens ! Obama a beaucoup de fans parmi  les Africains jeunes et moins jeunes, en Afrique et dans  la diaspora. Mais il est désolant que beaucoup de ses fans n’aient pas encore  compris  son exemple. Ils sont fiers de lui uniquement parce qu’il est noir. L’est-il d’ailleurs! N’empêche qu’ils voient en lui un digne représentant des Blacks  qu’ils exhiberont toujours face aux autres,  surtout aux racistes ou aux sceptiques qui oseront contester leurs capacités. C’est le degré primaire de la prise de conscience du fait que l’avenir n’est jamais écrit à l’avance. Et que chacun  peut forcer son destin.  En se comportant de façon à ce que parmi les futurs possibles, ce ne soit pas la pire probabilité qui se produise. Le deuxième degré de la prise de conscience  est de lire l’histoire, le parcours d’Obama et de  chercher à comprendre pourquoi et comment il est arrivé là où il est.  Il a cru et a eu confiance en lui-même. Mais cela ne saurait suffire. Il a compris la société dans laquelle il vit et a su saisir les opportunités qu’elle recèle. Ce faisant, il a eu un comportement différent de celui de beaucoup de ses fans. Il a fait des choix et adopté un comportement quotidien qui ne renforcent pas la marginalisation ou la discrimination que la société américaine impose aux Noirs ; et que les sociétés occidentales, asiatiques ou africaines imposent aux défavorisés.   Refuser d’aller où la société voudrait vous pousser.  Refuser de croire que si vous êtes né dans un milieu pauvre ou défavorisé, vous devez automatiquement verser dans  l’oisiveté, le conflit avec les parents, la  délinquance, le vol, la drogue, la  violence. Refuser que  naître dans un milieu pauvre signifie automatiquement que l’on doit se mettre  en situation d’échec scolaire. Des exemples abondent de jeunes Africains nés au fin fond de la brousse ou dans des quartiers privés de tout, dans un dénuement total, qui ont pu faire de brillantes études dans les meilleures universités occidentales pour ensuite occuper des postes de prestige. D’autres, à la sueur de leur front, de leur discipline et de leur détermination, ont réussi dans le commerce et les affaires, les arts et le sport.
Au Burkina Faso, à  peu près une vingtaine de kilomètres de Ouagadougou, un  ami m’a fait visiter une  exploitation agricole appartenant à un mal -voyant. C’était surprenant de voir le bon état de ses cultures (mil, sorgho, niébé, gombo…) et même de sa concession par rapport à celles de ses voisins ! Et la raison de ce succès : ce mal- voyant, aujourd’hui âgé, a décidé, quand il était plus jeune, « que jamais il ne mendiera ». Il a décidé de compter sur ses propres forces et il a réussi. Voici un exemple de dignité dont devrait s’inspirer la jeunesse africaine pour que demain l’Afrique soit  dirigée par des dirigeants à la hauteur des enjeux de l’heure. Pour qu’il y ait des intellectuels « affranchis » qui osent penser par eux-mêmes au lieu de répéter les leçons apprises en occident ou en orient, ou qui invoquent les livres saints à tout propos pour cacher leur indigence intellectuelle.
Loin de moi l’idée d’exclure la solidarité familiale ou sociale.  Elle peut être  bénéfique si le bénéficiaire s’en sert comme un coup de pouce, un levier. Si elle vient apporter un plus à celui qui compte sur ces propres forces. Et si celui qui en bénéficie comprend bien que c’est une chance, une opportunité et non un droit et que son objectif est de s’en passer au plus tôt.  Sinon, la solidarité dégénère en parasitisme,  en  mauvaise utilisation des ressources. Elle appauvrie la personne qui donne  et n’aide pas celle qui reçoit. Cette aide-là, cette solidarité-là, il est temps de la bannir de la terre africaine.  

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[1]Akimuhana kaza imvura ihise= si tu attends les semences d’autrui, sois sûr qu’elles viendront après la période des semis.
[1]Il a tenté de mobiliser les Burkinabés  pour construire le chemin de fer Ouagadougou -Niamey par leurs propres mains, leurs propres investissements et en utilisant les matériaux locaux de préférence.

Mardi 20 Septembre 2011


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C’est un grand honneur que vous me faites de visiter mon site personnel. J’ai créé ces pages pour m’exprimer en toute liberté, en dehors de toute contrainte institutionnelle. Pour jouir de quelques-uns des droits fondamentaux de l’humain : ceux de penser et de s’exprimer. Mais également pour remplir quelques-uns des devoirs qui nous incombent, surtout nous les Africains : de partager, de dialoguer, d’échanger et de co-construire l’Afrique et le monde de demain. Or, cette construction passe nécessairement par le débat d’idées qui non seulement satisfassent nos préoccupations intellectuelles, mais également éclairent l’intervention des acteurs du présent et de l’avenir du monde et du continent africain en particulier.

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Pourquoi avoir créé ce site? Depuis mon jeune âge je suis un passionné de la lecture et un jour je me suis demandé pourquoi je n’écrirai pas moi-même. D’ autant plus que bien des fois dans mes lectures, il arrivait que je retrouve des idées que j’avais eues ou défendues des années auparavant sans oser les coucher par écrit et les porter à la connaissance des autres - par timidité, excès de modestie ou peut-être insuffisance de confiance en moi-même. Parce qu’à un certain moment, il faut s’acquitter de sa dette de reconnaissance envers ses parents, ses amis, ses éducateurs, son pays et tous ceux que la vie a mis sur son chemin et qui, d’une façon ou d’une autre, ont fait de soi ce que l’on est, en complément de son patrimoine génétique. En ce qui me concerne, en tant que professionnel de la recherche pour le développement, cette dette consiste, me semble-t-il, à apporter ma contribution, fusse-elle minime, dans le domaine de la génération et de la diffusion des idées et des pratiques. Afin qu’elles puissent aider ceux qui sont en charge des destinées des gens, à remplir leur mission en se fondant sur des évidences scientifiques et des débats citoyens responsables, contradictoires et participatifs.
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 Cordialement et à très bientôt
Dr Innocent Butaré.


Exploitations Agricoles Burkina Septembre 2011
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