On entend souvent les Occidentaux ou les Chinois dire que les Africains sont de grands paresseux. Ceux parmi eux qui travaillent ou vivent en Afrique sont étonnés par l’attitude au travail de beaucoup d’Africains.
Pour certains Africains, cette affirmation a des relents colonialistes ou de racisme anti-noirs. Pour d’autres ce n’est pas tout à fait faux mais il faut tenir compte du contexte et surtout éviter de généraliser. Ces derniers font remarquer à juste titre, la pénibilité du travail sous une température de 40 C, un soleil brûlant et une atmosphère poussiéreuse accentuée par un vent violent et desséchant. Combien de gens y résisteraient pendant huit heures que dure une journée de travail et quel serait leur rendement ?
N’est-il pas injuste de traiter de paresseuses, les femmes rurales africaines qui se lèvent chaque jour à l’aube pour gratter obstinément la terre dure avec une misérable houe et parviennent quand même à en tirer de quoi nourrir leur nombreuse famille ? Et que dire des marchands ambulants, chargés comme des ânes, arpentant inlassablement les rues des villes encombrées ; des boutiquiers qui ouvrent 24 h sur 24 et 7 jours sur 7 ; des ouvriers du bâtiment perchés des heures durant sur les toits des maisons de bourgeois repus ; des dockers déchargeant des bateaux sous l’œil inquisiteur de contremaîtres corrompus ; d’instituteurs sous-payés parcourant des kilomètres à travers la brousse pour aller dispenser du savoir aux enfants ; et bien d’autres encore ! Non, ceux-là sont des Stakhanov vivants. Ils méritent un profond respect. Ils constituent la majorité des Africains qui luttent vaillamment contre la misère et la pauvreté.
Oui, des Africains flemmards, il y en a et des masses. Ces ronds- de cuir qui peuplent les bureaux des ministères et autres administrations publiques. Ceux que décrit Tidiane Diakité qui vous font poiroter des heures et des heures devant leur bureau pendant qu’ils bavardent, téléphonent, envoient des SMS, lisent les journaux, boivent du thé ou écoutent BBC ou RFI, consultent leurs messages email ou naviguent sur Internet et qui reportent sans cesse le traitement de votre dossier, tout en vous convoquant quotidiennement pour finir les entendre dire que le dossier est introuvable et qu’il faut recommencer les démarches ! Ces politiciens véreux et ces hauts fonctionnaires qui passent leurs temps à cirer les bottes et encenser les « Rois-Nègres » ou les « Présidents Fondateurs » et leurs valets en espérant décrocher un macaron et le sésame qui leur ouvriront les portes de la caverne d’Ali Baba que sont les coffres du trésor public. Ceux-là perpétuent la tradition esclavagiste des sociétés africaines. Celle des membres des familles de rois, de chefs et de généraux qui ont toujours vécu dans la paresse en faisant travailler leurs esclaves et en en vendant quelques-uns comme s’il s’agissait de bétail, aux autres tribus noires, aux Touaregs et Arabes et plus tard aux Occidentaux. Pour ces esclavagistes, le travail, surtout manuel, était une infamie, indigne des gens de leur rang et de leur prestige. Pour eux, les seuls métiers valables étaient la politique et l’art des conquêtes avec leurs cortèges de razzias et de pillages. Après l’Indépendance, rien n’a changé. Les membres des familles de rois, de chefs et de généraux ont repris les places des Blancs. Cette classe s’est même étendue/enrichie avec les nouveaux arrivants produits par les écoles et universités occidentales et africaines. Elle a créé également de nouvelles institutions comme les parlements, les Conseils constitutionnels, les ministères, les sociétés d’État, les conseils d’administration, les ONG et autres organisations de la société civile, etc. L’imagination de ces nouveaux esclavagistes est sans limites quand il s’agit d’inventer des ruses de Sioux pour pressurer les paysans et les ouvriers, capter ou détourner les flux de la coopération au développement.
Depuis l’époque coloniale, pour beaucoup de salariés africains, il faut travailler le moins possible car de toute façon le fruit ne profite qu’au Blanc et à leurs chiens de garde noirs. Ne pas travailler était une sorte de stratégie de résistance contre les travaux forcés et les corvées de toute sorte imposés par les administrations coloniales pour construire les palais, les routes, les ports destinés à drainer les ressources africaines vers les métropoles européennes. C’était de la résistance contre la chicotte servie aux rebelles qui refusaient le travail non payé dans les plantations d’hévéa, de cacao ou de café.
Avec l’Etat néocolonial actuel, les travailleurs ont encore des difficultés à se départir de cette conception du travail. Ils ont l’impression de travailler pour engraisser les dirigeants civils et militaires. Ils aiment répéter que « puisque l’Etat fait semblant de les payer, eux aussi ils font semblant de travailler ».
Tant que les dirigeants et les élites continueront à se comporter comme des colons et des colonialistes vis-à-vis de leurs compatriotes, le travail aura toujours son sens étymologique « trepalium », c’est à dire instrument de torture.
[1] Tidiane Diakité, 1986. L’Afrique malade d’elle-même, Karthala, Paris.
Pour certains Africains, cette affirmation a des relents colonialistes ou de racisme anti-noirs. Pour d’autres ce n’est pas tout à fait faux mais il faut tenir compte du contexte et surtout éviter de généraliser. Ces derniers font remarquer à juste titre, la pénibilité du travail sous une température de 40 C, un soleil brûlant et une atmosphère poussiéreuse accentuée par un vent violent et desséchant. Combien de gens y résisteraient pendant huit heures que dure une journée de travail et quel serait leur rendement ?
N’est-il pas injuste de traiter de paresseuses, les femmes rurales africaines qui se lèvent chaque jour à l’aube pour gratter obstinément la terre dure avec une misérable houe et parviennent quand même à en tirer de quoi nourrir leur nombreuse famille ? Et que dire des marchands ambulants, chargés comme des ânes, arpentant inlassablement les rues des villes encombrées ; des boutiquiers qui ouvrent 24 h sur 24 et 7 jours sur 7 ; des ouvriers du bâtiment perchés des heures durant sur les toits des maisons de bourgeois repus ; des dockers déchargeant des bateaux sous l’œil inquisiteur de contremaîtres corrompus ; d’instituteurs sous-payés parcourant des kilomètres à travers la brousse pour aller dispenser du savoir aux enfants ; et bien d’autres encore ! Non, ceux-là sont des Stakhanov vivants. Ils méritent un profond respect. Ils constituent la majorité des Africains qui luttent vaillamment contre la misère et la pauvreté.
Oui, des Africains flemmards, il y en a et des masses. Ces ronds- de cuir qui peuplent les bureaux des ministères et autres administrations publiques. Ceux que décrit Tidiane Diakité qui vous font poiroter des heures et des heures devant leur bureau pendant qu’ils bavardent, téléphonent, envoient des SMS, lisent les journaux, boivent du thé ou écoutent BBC ou RFI, consultent leurs messages email ou naviguent sur Internet et qui reportent sans cesse le traitement de votre dossier, tout en vous convoquant quotidiennement pour finir les entendre dire que le dossier est introuvable et qu’il faut recommencer les démarches ! Ces politiciens véreux et ces hauts fonctionnaires qui passent leurs temps à cirer les bottes et encenser les « Rois-Nègres » ou les « Présidents Fondateurs » et leurs valets en espérant décrocher un macaron et le sésame qui leur ouvriront les portes de la caverne d’Ali Baba que sont les coffres du trésor public. Ceux-là perpétuent la tradition esclavagiste des sociétés africaines. Celle des membres des familles de rois, de chefs et de généraux qui ont toujours vécu dans la paresse en faisant travailler leurs esclaves et en en vendant quelques-uns comme s’il s’agissait de bétail, aux autres tribus noires, aux Touaregs et Arabes et plus tard aux Occidentaux. Pour ces esclavagistes, le travail, surtout manuel, était une infamie, indigne des gens de leur rang et de leur prestige. Pour eux, les seuls métiers valables étaient la politique et l’art des conquêtes avec leurs cortèges de razzias et de pillages. Après l’Indépendance, rien n’a changé. Les membres des familles de rois, de chefs et de généraux ont repris les places des Blancs. Cette classe s’est même étendue/enrichie avec les nouveaux arrivants produits par les écoles et universités occidentales et africaines. Elle a créé également de nouvelles institutions comme les parlements, les Conseils constitutionnels, les ministères, les sociétés d’État, les conseils d’administration, les ONG et autres organisations de la société civile, etc. L’imagination de ces nouveaux esclavagistes est sans limites quand il s’agit d’inventer des ruses de Sioux pour pressurer les paysans et les ouvriers, capter ou détourner les flux de la coopération au développement.
Depuis l’époque coloniale, pour beaucoup de salariés africains, il faut travailler le moins possible car de toute façon le fruit ne profite qu’au Blanc et à leurs chiens de garde noirs. Ne pas travailler était une sorte de stratégie de résistance contre les travaux forcés et les corvées de toute sorte imposés par les administrations coloniales pour construire les palais, les routes, les ports destinés à drainer les ressources africaines vers les métropoles européennes. C’était de la résistance contre la chicotte servie aux rebelles qui refusaient le travail non payé dans les plantations d’hévéa, de cacao ou de café.
Avec l’Etat néocolonial actuel, les travailleurs ont encore des difficultés à se départir de cette conception du travail. Ils ont l’impression de travailler pour engraisser les dirigeants civils et militaires. Ils aiment répéter que « puisque l’Etat fait semblant de les payer, eux aussi ils font semblant de travailler ».
Tant que les dirigeants et les élites continueront à se comporter comme des colons et des colonialistes vis-à-vis de leurs compatriotes, le travail aura toujours son sens étymologique « trepalium », c’est à dire instrument de torture.
[1] Tidiane Diakité, 1986. L’Afrique malade d’elle-même, Karthala, Paris.














