L’Africain et le travail

Le 1er mai de chaque année, dans beaucoup de pays du monde on célèbre le « travail ». Jour de repos et de réjouissances pour ceux qui ont un travail gratifiant et rémunérateur acquis souvent aux termes d’anciennes luttes sociales ; jour de revendication pour les travailleurs qui se sentent insatisfaits ou exploités ; jour de déprime et d’angoisse pour les chômeurs recherchant désespérément une occupation pour survivre ou vivre.

Dr. Innocent Butaré



L’Africain et le travail
On entend souvent les Occidentaux ou les Chinois dire que les Africains sont de grands paresseux. Ceux parmi eux qui travaillent ou vivent en Afrique sont étonnés par l’attitude au travail de beaucoup d’Africains.

Pour certains Africains, cette affirmation a des relents colonialistes ou de racisme anti-noirs. Pour d’autres ce n’est pas tout à fait faux mais il faut tenir compte du contexte et surtout éviter de généraliser. Ces derniers font remarquer à juste titre, la pénibilité du travail sous une température de 40 C, un soleil brûlant et une atmosphère poussiéreuse accentuée par un vent violent et desséchant. Combien de gens y résisteraient pendant huit heures que dure une journée de travail et quel serait leur rendement ?

N’est-il pas injuste de traiter de paresseuses, les femmes rurales africaines qui se lèvent chaque jour à l’aube pour gratter obstinément la terre dure avec une misérable houe et parviennent quand même à en tirer de quoi nourrir leur nombreuse famille ? Et que dire des marchands ambulants, chargés comme des ânes, arpentant inlassablement les rues des villes encombrées ; des boutiquiers qui ouvrent 24 h sur 24 et 7 jours sur 7 ; des ouvriers du bâtiment perchés des heures durant sur les toits des maisons de bourgeois repus ; des dockers déchargeant des bateaux sous l’œil inquisiteur de contremaîtres corrompus ; d’instituteurs sous-payés parcourant des kilomètres à travers la brousse pour aller dispenser du savoir aux enfants ; et bien d’autres encore ! Non, ceux-là sont des Stakhanov vivants. Ils méritent un profond respect. Ils constituent la majorité des Africains qui luttent vaillamment contre la misère et la pauvreté.

Oui, des Africains flemmards, il y en a et des masses. Ces ronds- de cuir qui peuplent les bureaux des ministères et autres administrations publiques. Ceux que décrit Tidiane Diakité qui vous font poiroter des heures et des heures devant leur bureau pendant qu’ils bavardent, téléphonent, envoient des SMS, lisent les journaux, boivent du thé ou écoutent BBC ou RFI, consultent leurs messages email ou naviguent sur Internet  et qui reportent sans cesse le traitement de votre dossier, tout en vous convoquant quotidiennement pour finir les entendre dire que le dossier est introuvable et qu’il faut recommencer les démarches ! Ces politiciens véreux et ces hauts fonctionnaires qui passent leurs temps à cirer les bottes et encenser les « Rois-Nègres » ou les « Présidents Fondateurs » et leurs valets en espérant décrocher un macaron et le sésame qui leur ouvriront les portes de la caverne d’Ali Baba que sont les coffres du trésor public. Ceux-là perpétuent la tradition esclavagiste des sociétés africaines. Celle des membres des familles de rois, de chefs et de généraux qui ont toujours vécu dans la paresse en faisant travailler leurs esclaves et en en vendant quelques-uns comme s’il s’agissait de bétail, aux autres tribus noires, aux Touaregs et Arabes et plus tard aux Occidentaux. Pour ces esclavagistes, le travail, surtout manuel, était une infamie, indigne des gens de leur rang et de leur prestige. Pour eux, les seuls métiers valables étaient la politique et l’art des conquêtes avec leurs cortèges de razzias et de pillages. Après l’Indépendance, rien n’a changé. Les membres des familles de rois, de chefs et de généraux ont repris les places des Blancs. Cette classe s’est même étendue/enrichie avec les nouveaux arrivants produits par les écoles et universités occidentales et africaines. Elle a créé également de nouvelles institutions comme les parlements, les Conseils constitutionnels, les ministères, les sociétés d’État, les conseils d’administration, les ONG et autres organisations de la société civile, etc. L’imagination de ces nouveaux esclavagistes est sans limites quand il s’agit d’inventer des ruses de Sioux pour pressurer les paysans et les ouvriers, capter ou détourner les flux de la coopération au développement.

Depuis l’époque coloniale, pour beaucoup de salariés africains, il faut travailler le moins possible car de toute façon le fruit ne profite qu’au Blanc et à leurs chiens de garde noirs. Ne pas travailler était une sorte de stratégie de résistance contre les travaux forcés et les corvées de toute sorte imposés par les administrations coloniales pour construire les palais, les routes, les ports destinés à drainer les ressources africaines vers les métropoles européennes. C’était de la résistance contre la chicotte servie aux rebelles qui refusaient le travail non payé dans les plantations d’hévéa, de cacao ou de café.
Avec l’Etat néocolonial actuel, les travailleurs ont encore des difficultés à se départir de cette conception du travail. Ils ont l’impression de travailler pour engraisser les dirigeants civils et militaires. Ils aiment répéter que « puisque l’Etat fait semblant de les payer, eux aussi ils font semblant de travailler ».
Tant que les dirigeants et les élites continueront à se comporter comme des colons et des colonialistes vis-à-vis de leurs compatriotes, le travail aura toujours son sens étymologique « trepalium », c’est à dire instrument de torture.


[1] Tidiane Diakité, 1986. L’Afrique malade d’elle-même, Karthala, Paris.

 

Lundi 7 Mai 2012



1.Posté par Kami le 30/08/2012 14:59
Je ne connaissais pas ce site, je le découvre seulement!! Bravo pour les articles, en tout cas!

Nouveau commentaire :
Facebook Twitter


Bienvenue !

C’est un grand honneur que vous me faites de visiter mon site personnel. J’ai créé ces pages pour m’exprimer en toute liberté, en dehors de toute contrainte institutionnelle. Pour jouir de quelques-uns des droits fondamentaux de l’humain : ceux de penser et de s’exprimer. Mais également pour remplir quelques-uns des devoirs qui nous incombent, surtout nous les Africains : de partager, de dialoguer, d’échanger et de co-construire l’Afrique et le monde de demain. Or, cette construction passe nécessairement par le débat d’idées qui non seulement satisfassent nos préoccupations intellectuelles, mais également éclairent l’intervention des acteurs du présent et de l’avenir du monde et du continent africain en particulier.

Bienvenue !
Pourquoi avoir créé ce site? Depuis mon jeune âge je suis un passionné de la lecture et un jour je me suis demandé pourquoi je n’écrirai pas moi-même. D’ autant plus que bien des fois dans mes lectures, il arrivait que je retrouve des idées que j’avais eues ou défendues des années auparavant sans oser les coucher par écrit et les porter à la connaissance des autres - par timidité, excès de modestie ou peut-être insuffisance de confiance en moi-même. Parce qu’à un certain moment, il faut s’acquitter de sa dette de reconnaissance envers ses parents, ses amis, ses éducateurs, son pays et tous ceux que la vie a mis sur son chemin et qui, d’une façon ou d’une autre, ont fait de soi ce que l’on est, en complément de son patrimoine génétique. En ce qui me concerne, en tant que professionnel de la recherche pour le développement, cette dette consiste, me semble-t-il, à apporter ma contribution, fusse-elle minime, dans le domaine de la génération et de la diffusion des idées et des pratiques. Afin qu’elles puissent aider ceux qui sont en charge des destinées des gens, à remplir leur mission en se fondant sur des évidences scientifiques et des débats citoyens responsables, contradictoires et participatifs.
D’où vient le matériau de mes réflexions ? De l’observation de ce qui se passe autour de moi lors de mes nombreux voyages en Afrique, en Europe et en Amérique du Nord ; des lectures de livres et de la presse internationale ; de contributions aux colloques, séminaires, ateliers et conférences ; de participations aux jurys de thèses de doctorats, de mémoires de fin d’études; de la revue d’articles de revues qui me sont soumis par les rédacteurs ; des conversations et entretiens que j’ai avec des chercheurs, gestionnaires de recherches, décideurs politiques, bailleurs de fonds, responsables d’ONG, paysans, petits entrepreneurs du secteur agro-alimentaire, agents des collectivités locales ; de mes amis et collègues. De par mon métier, mon tempérament et le style de vie que j’ai choisi, je passe l’essentiel de mon temps à réfléchir. A imaginer ce que serait une Afrique puissante, démocratique et généreuse pour ses enfants. Un jour, j’ai pensé qu’il serait peut-être utile de partager ces idées avec les autres.
La location et l’entretien de ce site sont complètement à ma charge. Jusqu’à aujourd’hui, je suis l’unique auteur des articles qui sont y sont publiés. Comme d’autres utilisent leur temps libre pour écouter la musique, regarder la télévision, faire un sport, causer avec leurs amis, prendre un pot ou à d’autres hobby, moi j’en consacre la quasi-totalité à la lecture et à la préparation de mes contributions.
Si le cœur vous en dit, n’hésitez pas à laisser un commentaire, une réaction, une réflexion destinée à compléter ou à corriger une idée fausse. C’est du choc des idées que jaillira la lumière. Mais conformément à l’éthique et aux bonnes pratiques de gestion responsable des sites internet, je me garde le droit d’afficher ou de masquer votre message sans autre critère que ma propre gouverne. Les commentaires diffamatoires ou faisant appel à la médisance, à la calomnie, à la violence, à l’atteinte à l’honneur d’autrui et la haine sont bannis de ce site. Le développement de l’Afrique, cette cause essentielle, a besoin de débats civilisés et responsables. Si par hasard un message malvenu échappait à ma vigilance et à celle du web master, je m’en excuse sincèrement par avance. De plus, il faut garder à l’esprit que les idées exprimées sur ce site sont de mon entière responsabilité et n’engagent en rien mon employeur actuel.
 Cordialement et à très bientôt
Dr Innocent Butaré.


Exploitations Agricoles Burkina Septembre 2011
photo2
photo3
photo5
photo4
photo1


Galerie
CdaffeBrukina 018.jpg
DSC01320.JPG
P1000200.JPG
DSC01322.JPG
P1000155.JPG
DSC01290.JPG

Inscription à la newsletter