L’inhumanité de l’Homme

Au cours du mois maudit d’avril 1994, sur un petit bout de la Terre dénommé Rwanda, se déchaina une violence sauvage. Ayant perdu tous leurs repères, des hommes et des femmes, d’habitude si raisonnables et paisibles, furent atteints d’une folie meurtrière qui les transforma en brutes, en monstres et en assassins. Ils infligèrent des souffrances indicibles à leurs voisins, à leurs parents, aux inconnus qui ne leur avaient absolument rien fait de mal. Les massacres d’une rare barbarie culminèrent en génocide.

Dr Innocent Butaré



L’inhumanité de l’Homme
Ce fléau survint au bout de quatre années d’une guerre impitoyable et dévastatrice, de désintégration accélérée du lien social, de grave crise écologique et économique, de compétition sauvage entre ceux qui voulaient conquérir le pouvoir et ses privilèges et ceux qui voulaient les garder, de propagation éhontée de mensonges, de rumeurs, de calomnies et de médisances.
 Ces dérèglements sociaux survinrent malgré deux décennies de stabilité et de développement économique évident mais aussi de dénis des droits des Tutsi condamnés à l’exil depuis les années 60, de leurs enfants et petits - enfants , de marginalisation politique des Tutsi de l’intérieur, d’infantilisation des masses, de myopie politique des gouvernants et des élites. Une longue période pendant laquelle le régime d’un parti unique a privilégié le progrès matériel et limité au strict minimum la liberté d’opinion, d’expression, d’association tout en maintenant d’une main de fer une unité factice qui vola en éclats à la première secousse.
 Consciemment ou non, les dirigeants des pays voisins et ceux des puissances du monde, des journalistes peu scrupuleux, des experts auto-proclamés, des diplomates cyniques ou manipulés et des humanitaires peu ou mal informés ignorant la complexité de l’histoire et des réalités du pays des Mille collines jetèrent de l’huile sur le feu.
Malgré les terribles souffrances subies et celles consécutives aux ondes de choc du cataclysme, les Rwandais ont survécu et le travail de reconstruction des âmes se poursuit. Les veuves et les orphelins se battent âprement pour creuser leur sillon et vivre dignement. Beaucoup ont retrouvé l’amour de la vie. La proportion de Rwandais qui n’ont pas connu ces horreurs s’accroit inexorablement. Les rancœurs et les sentiments de haine nés de ces terribles épreuves s’apaisent, lentement mais sûrement. A moyen terme, l’espoir est permis pour les jeunes de vivre sans miasmes du génocide.
Pendant ce mois d’avril consacré à la mémoire des nôtres, des amis, des voisins, des collègues, des compatriotes injustement privés de vie par l’inhumanité de l’Homme, nous devrons également tenter d’aller de l’avant en tirant quelques leçons de cette horrible période. Avec modestie, je propose les trois suivantes : 1) l’homme renferme en lui une bestialité sans mesure qu’il faut dompter par un travail sur soi cultivant la compassion et l’empathie envers les autres ; 2) pour préserver les générations futures, c’est un devoir pour chacun d’éduquer les enfants dans des valeurs positives, d’ouverture et de respect des droits et de la dignité de l’ autre, d’auto-détermination et de refus du panurgisme ethnique ou autre ; 3) dès leur jeune âge, il faut  apprendre aux enfants à haïr la convoitise et  la jalousie. Leur montrer que l’exclusion et la marginalisation de l’autre est injuste et source de violence ; que la guerre et la violence ne sont pas des moyens valables pour accéder au pouvoir ou s’y maintenir ; qu’il faut civiliser la lutte pour le pouvoir et refuser l’idée que tous les moyens sont bons ; que le refus de la diversité des opinions et de leur libre expression n’est pas une garantie pour une paix véritable et durable ; que l’infantilisation des masses les prédispose à être entrainées dans des conflits dont elles ignorent les tenants et les aboutissants et dont elles finissent par être les principales victimes.
 Que la mémoire de ceux et celles qui ont perdu la vie dans le génocide de 1994  soit un leitmotiv pour le respect scrupuleux de la vie des autres et de leurs droits : - ceux de notre famille, de nos voisins, de nos amis, de nos collègues de travail, tous ceux et celles  que nous côtoyons au jour le jour – à travers nos paroles et  surtout nos comportements.

Lundi 19 Mars 2012



1.Posté par Kami le 30/08/2012 14:57
Très bel article qui résume bien la dégération de la situation du Rwanda .

2.Posté par Ange Ange le 31/08/2012 20:51
La paix pour tousd les rwandais

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C’est un grand honneur que vous me faites de visiter mon site personnel. J’ai créé ces pages pour m’exprimer en toute liberté, en dehors de toute contrainte institutionnelle. Pour jouir de quelques-uns des droits fondamentaux de l’humain : ceux de penser et de s’exprimer. Mais également pour remplir quelques-uns des devoirs qui nous incombent, surtout nous les Africains : de partager, de dialoguer, d’échanger et de co-construire l’Afrique et le monde de demain. Or, cette construction passe nécessairement par le débat d’idées qui non seulement satisfassent nos préoccupations intellectuelles, mais également éclairent l’intervention des acteurs du présent et de l’avenir du monde et du continent africain en particulier.

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Pourquoi avoir créé ce site? Depuis mon jeune âge je suis un passionné de la lecture et un jour je me suis demandé pourquoi je n’écrirai pas moi-même. D’ autant plus que bien des fois dans mes lectures, il arrivait que je retrouve des idées que j’avais eues ou défendues des années auparavant sans oser les coucher par écrit et les porter à la connaissance des autres - par timidité, excès de modestie ou peut-être insuffisance de confiance en moi-même. Parce qu’à un certain moment, il faut s’acquitter de sa dette de reconnaissance envers ses parents, ses amis, ses éducateurs, son pays et tous ceux que la vie a mis sur son chemin et qui, d’une façon ou d’une autre, ont fait de soi ce que l’on est, en complément de son patrimoine génétique. En ce qui me concerne, en tant que professionnel de la recherche pour le développement, cette dette consiste, me semble-t-il, à apporter ma contribution, fusse-elle minime, dans le domaine de la génération et de la diffusion des idées et des pratiques. Afin qu’elles puissent aider ceux qui sont en charge des destinées des gens, à remplir leur mission en se fondant sur des évidences scientifiques et des débats citoyens responsables, contradictoires et participatifs.
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 Cordialement et à très bientôt
Dr Innocent Butaré.


Exploitations Agricoles Burkina Septembre 2011
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