Innocent Butare(IB). Dr Dabiré, vous êtes maître de recherche à l’INERA et secrétaire permanent du FRSIT. Vous avez une longue carrière dans la recherche agricole. De quels résultats, êtes-vous la plus fière dans votre carrière ?
Dr. Clémentine Dabiré(CD) Je suis Clémentine Loule BINSO, épouse DABIRE. J’ai beaucoup travaillé sur le mil, le maïs, les légumes et surtout le niébé, une légumineuse de très grande importance au Burkina Faso et en Afrique de l’Ouest dans la sécurité alimentaire et nutritionnelle. Il fait partie des produits vivriers clés, base de l’alimentation des Burkinabe, en milieu rural et urbain. Riche en protéines et comportant une dizaine d’acides aminés indispensables comme la lysine, la leucine, la méthionine…, il complète le régime alimentaire composé pour l’essentiel de céréales au Burkina Faso. Il devient un substitut au coton comme culture de rente dans les zones à faible pluviométrie. Le Burkina en est le troisième producteur en Afrique. Cette culture a été beaucoup handicapée dans son extension par la difficulté de conservation. Callosobruchus maculatus F. , un insecte de la famille des bruches dont les populations se développent rapidement peut causer des dégâts considérables aux graines après trois mois de stockage si aucune précaution n’est prise. Avoir contribué à l’amélioration de la conservation du niébé par la technique de triple ensachage est pour moi un motif de grande satisfaction.
IB. Ainsi vous pensez avoir contribué au développement économique et social du Burkina Faso?
CD. Je pense modestement avoir contribué au développement économique et social du Burkina Faso. Comment ? Par la mise au point et la diffusion de technologies en protection des cultures contre les insectes, par le développement de modules de formation des producteurs, des techniciens et des étudiants en agriculture.
Ma contribution à la promotion du niébé, en tant que chercheur et chef du programme Oleo-protéagineux ou du département des productions végétales depuis plus d’une vingtaine d’années, a porté sur la levée des contraintes limitant sa productivité (amélioration des rendements et diminution des pertes post-récolte) par des méthodes durables, écologiques respectant l’environnement et la santé des populations.
Les formations participatives des producteurs à nos innovations ont fait doubler la production qui est passée de 201.053 tonnes en 1994 à 626.113 tonnes en 2010.
La technologie du triple ensachage, son développement et sa diffusion
La technique consiste à ensacher les graines de niébé avec 2 sachets plastiques en Polyéthylène de Haute Densité, épais de 80 microns, encastrés dans un sac tissé protecteur en polypropylène. La multiplication des insectes est réduite du fait de l’asphyxie en atmosphère pauvre en oxygène. La comparaison des épaisseurs de sachets nous a permis de montrer qu’à partir de deux sachets doublés de 80 microns, les bruches n’arrivent plus à se multiplier. Cette technique supplante les méthodes traditionnelles qui ne peuvent s’appliquer à de grandes quantités.
Diffusion rapide, à grande échelle de la technologie
Notre choix approprié des partenaires dans les services publics et ONG a permis, entre 2008 et 2010, de couvrir 34 provinces sur 45. L’efficacité du triple ensachage a été confirmée au cours des trois années consécutives de tests réalisés à grande échelle avec plus de 25.000 producteurs du niébé, dans plus de 4.000 villages. Le projet visait une participation féminine de 30% mais, grâce à nos efforts, un résultat global de 40% a été obtenu au Burkina Faso). La technique du triple ensachage, outre son effet direct sur la qualité des graines, a permis (i) l’émergence de nouvelles opportunités d’affaires pour les acteurs de la filière niébé, (ii) le développement de marchés locaux et régionaux pour le niébé et les sacs, (iii) le développement de l’élevage du fait de la disponibilité du fourrage du fait de l’accroissement des superficies en niébé, (iv) la réduction de l’émigration des jeunes grâce aux nouvelles opportunités d’emplois liés au niébé, (v) la création des organisations de producteurs et productrices autour du développement du niébé, (vi) l’émergence de groupements pour la production, la transformation et la commercialisation du niébé.
Les quantités de niébé ont augmenté sur le marché depuis la disponibilité des sacs PICS. Les statistiques de la chambre de commerce montrent que les exportations sont en nette augmentation avec un sommet en 2010 (19.161 tonnes). Ces exportations ont procuré au pays des devises atteignant 2.247.121.886 FCFA en 2010.
L’impact de la technologie du triple ensachage, sur :
a) les productrices/producteurs du niébé : l’adoption de la technologie est ressortie dès la troisième année de diffusion. Le taux d’adoption était estimé à 30% au Burkina Faso, le plus fort taux en Afrique de l’Ouest actuellement. Ce taux atteint 79 à 98% dans les villages encadrés par les ONGs. Cette adoption a été positivement affectée par le programme de vulgarisation que j’ai conçu et les messages radio. L’impact de l’adoption est l’amélioration des conditions de vie des producteurs. Il n’y a plus de crainte de perdre son niébé qui est désormais vendu seulement quand on le désire. Les gains aident à nourrir la famille particulièrement les écoliers avec du niébé sain. Les ressources acquises permettent en outre d’assurer les frais de scolarité et de santé des enfants.
b) les femmes. La diffusion de la technologie que nous avons entreprise en 2007 auprès des femmes à Komki Ipala dans la région du Centre et dans la province du Sourou a provoqué un tel enthousiasme chez les femmes rurales qu’elles ont développé des activités autour du niébé (foires, arts culinaires) qui leur procurent des revenus substantiels. Suite à nos résultats tangibles, le gouvernement a décidé en 2011, de généraliser l’expérience en appuyant 1.000 femmes dans chacune des 45 provinces, dans la production du niébé.
c) accroissement de la production du niébé. La maitrise de la technologie a fait passer la production nationale de 241.113 T (2007) à 626.113 T (2010). Au Sourou, où je mène une campagne intensive sur le triple ensachage, la production a évolué de 7.045 en 2007 à 44.806 en 2010.
d) politique agricole nationale : deux ans après la vulgarisation de la technique, le gouvernement a décidé de renforcer les efforts de promotion de cette technologie en passant la commande de 35.000 sacs en 2011 et de 170.000 sacs en 2012. En outre, le niébé a été inclus dans les filières prioritaires avec le riz et le maïs pour lesquelles un Programme National de Consolidation de la Sécurité Alimentaire est en cours d’élaboration.
L’essor qu’a pris la culture du niébé avec la mise au point et la diffusion du triple ensachage est immense. L’engouement des producteurs à l’utiliser, du gouvernement à continuer à la promouvoir et du secteur privé à la produire et vendre, sont les preuves des résultats de notre travail. En outre, notre rôle dans le plaidoyer pour impliquer les femmes dans ce processus a abouti à un programme d’envergure nationale, le gouvernement ayant retenu d’inclure le niébé dans les filières prioritaires pour assurer la sécurité alimentaire. Cela montre que j’ai pu, en tant que femme chercheure, avoir une contribution significative au développement de mon pays.
Pour en savoir plus : CLIQUER ICI
Dr. Clémentine Dabiré(CD) Je suis Clémentine Loule BINSO, épouse DABIRE. J’ai beaucoup travaillé sur le mil, le maïs, les légumes et surtout le niébé, une légumineuse de très grande importance au Burkina Faso et en Afrique de l’Ouest dans la sécurité alimentaire et nutritionnelle. Il fait partie des produits vivriers clés, base de l’alimentation des Burkinabe, en milieu rural et urbain. Riche en protéines et comportant une dizaine d’acides aminés indispensables comme la lysine, la leucine, la méthionine…, il complète le régime alimentaire composé pour l’essentiel de céréales au Burkina Faso. Il devient un substitut au coton comme culture de rente dans les zones à faible pluviométrie. Le Burkina en est le troisième producteur en Afrique. Cette culture a été beaucoup handicapée dans son extension par la difficulté de conservation. Callosobruchus maculatus F. , un insecte de la famille des bruches dont les populations se développent rapidement peut causer des dégâts considérables aux graines après trois mois de stockage si aucune précaution n’est prise. Avoir contribué à l’amélioration de la conservation du niébé par la technique de triple ensachage est pour moi un motif de grande satisfaction.
IB. Ainsi vous pensez avoir contribué au développement économique et social du Burkina Faso?
CD. Je pense modestement avoir contribué au développement économique et social du Burkina Faso. Comment ? Par la mise au point et la diffusion de technologies en protection des cultures contre les insectes, par le développement de modules de formation des producteurs, des techniciens et des étudiants en agriculture.
Ma contribution à la promotion du niébé, en tant que chercheur et chef du programme Oleo-protéagineux ou du département des productions végétales depuis plus d’une vingtaine d’années, a porté sur la levée des contraintes limitant sa productivité (amélioration des rendements et diminution des pertes post-récolte) par des méthodes durables, écologiques respectant l’environnement et la santé des populations.
Les formations participatives des producteurs à nos innovations ont fait doubler la production qui est passée de 201.053 tonnes en 1994 à 626.113 tonnes en 2010.
La technologie du triple ensachage, son développement et sa diffusion
La technique consiste à ensacher les graines de niébé avec 2 sachets plastiques en Polyéthylène de Haute Densité, épais de 80 microns, encastrés dans un sac tissé protecteur en polypropylène. La multiplication des insectes est réduite du fait de l’asphyxie en atmosphère pauvre en oxygène. La comparaison des épaisseurs de sachets nous a permis de montrer qu’à partir de deux sachets doublés de 80 microns, les bruches n’arrivent plus à se multiplier. Cette technique supplante les méthodes traditionnelles qui ne peuvent s’appliquer à de grandes quantités.
Diffusion rapide, à grande échelle de la technologie
Notre choix approprié des partenaires dans les services publics et ONG a permis, entre 2008 et 2010, de couvrir 34 provinces sur 45. L’efficacité du triple ensachage a été confirmée au cours des trois années consécutives de tests réalisés à grande échelle avec plus de 25.000 producteurs du niébé, dans plus de 4.000 villages. Le projet visait une participation féminine de 30% mais, grâce à nos efforts, un résultat global de 40% a été obtenu au Burkina Faso). La technique du triple ensachage, outre son effet direct sur la qualité des graines, a permis (i) l’émergence de nouvelles opportunités d’affaires pour les acteurs de la filière niébé, (ii) le développement de marchés locaux et régionaux pour le niébé et les sacs, (iii) le développement de l’élevage du fait de la disponibilité du fourrage du fait de l’accroissement des superficies en niébé, (iv) la réduction de l’émigration des jeunes grâce aux nouvelles opportunités d’emplois liés au niébé, (v) la création des organisations de producteurs et productrices autour du développement du niébé, (vi) l’émergence de groupements pour la production, la transformation et la commercialisation du niébé.
Les quantités de niébé ont augmenté sur le marché depuis la disponibilité des sacs PICS. Les statistiques de la chambre de commerce montrent que les exportations sont en nette augmentation avec un sommet en 2010 (19.161 tonnes). Ces exportations ont procuré au pays des devises atteignant 2.247.121.886 FCFA en 2010.
L’impact de la technologie du triple ensachage, sur :
a) les productrices/producteurs du niébé : l’adoption de la technologie est ressortie dès la troisième année de diffusion. Le taux d’adoption était estimé à 30% au Burkina Faso, le plus fort taux en Afrique de l’Ouest actuellement. Ce taux atteint 79 à 98% dans les villages encadrés par les ONGs. Cette adoption a été positivement affectée par le programme de vulgarisation que j’ai conçu et les messages radio. L’impact de l’adoption est l’amélioration des conditions de vie des producteurs. Il n’y a plus de crainte de perdre son niébé qui est désormais vendu seulement quand on le désire. Les gains aident à nourrir la famille particulièrement les écoliers avec du niébé sain. Les ressources acquises permettent en outre d’assurer les frais de scolarité et de santé des enfants.
b) les femmes. La diffusion de la technologie que nous avons entreprise en 2007 auprès des femmes à Komki Ipala dans la région du Centre et dans la province du Sourou a provoqué un tel enthousiasme chez les femmes rurales qu’elles ont développé des activités autour du niébé (foires, arts culinaires) qui leur procurent des revenus substantiels. Suite à nos résultats tangibles, le gouvernement a décidé en 2011, de généraliser l’expérience en appuyant 1.000 femmes dans chacune des 45 provinces, dans la production du niébé.
c) accroissement de la production du niébé. La maitrise de la technologie a fait passer la production nationale de 241.113 T (2007) à 626.113 T (2010). Au Sourou, où je mène une campagne intensive sur le triple ensachage, la production a évolué de 7.045 en 2007 à 44.806 en 2010.
d) politique agricole nationale : deux ans après la vulgarisation de la technique, le gouvernement a décidé de renforcer les efforts de promotion de cette technologie en passant la commande de 35.000 sacs en 2011 et de 170.000 sacs en 2012. En outre, le niébé a été inclus dans les filières prioritaires avec le riz et le maïs pour lesquelles un Programme National de Consolidation de la Sécurité Alimentaire est en cours d’élaboration.
L’essor qu’a pris la culture du niébé avec la mise au point et la diffusion du triple ensachage est immense. L’engouement des producteurs à l’utiliser, du gouvernement à continuer à la promouvoir et du secteur privé à la produire et vendre, sont les preuves des résultats de notre travail. En outre, notre rôle dans le plaidoyer pour impliquer les femmes dans ce processus a abouti à un programme d’envergure nationale, le gouvernement ayant retenu d’inclure le niébé dans les filières prioritaires pour assurer la sécurité alimentaire. Cela montre que j’ai pu, en tant que femme chercheure, avoir une contribution significative au développement de mon pays.
Pour en savoir plus : CLIQUER ICI
Notes de Références
Baributsa, D., C. Dabiré-Binso, K. Sawadogo, and J. Lowenberg-DeBoer. 2012. Purdue Improved Cowpea Storage (PICS) Project Contribution to Women’s Participation in Cowpea Storage in the Sourou Province in Burkina Faso. Under review- Journal of Agric. Ext. and Rural Development.
Dabiré L.C.B., Sanon A., Ba M.N., Fulton J., Lowenberg-Deboer J. et Murdock L. 2008. Le stockage hermétique par triple ensachage : comprendre son efficacité pour une conservation durable du niébé à grande échelle au Burkina Faso. Colloque conjoint du REARB et du COMEC-PV, Lomé, Togo, 1-6 Décembre 2008. Résumé disponible en ligne à : www.univ-lome.tg/colloque/fascic_colloque_revu.pdf -
Moussa, B, J. Lowenberg-DeBoer and D. Baributsa. 2010. Adoption of Hermetic Storage for Cowpea in Niger and Burkina Faso in 2010. Poster presented during the Fifth World Cowpea Research Conference, 27 September to 1 October 2010, Saly, Senegal.
L. Murdock, V. Margam, I. Baoua, S. Balfe, L. Mauer, and R. Shade. 2010. Purdue Improved Cowpea Storage (PICS): What it is and how it works... Presentation during the 5th World Cowpea Research Conference, 27 September to 1 October 2010, Saly, Senegal.
A. Sanon , L.C. Dabiré-Binso, N.M. Ba
Triple-bagging of cowpeas within high density polyethylene bags to control the cowpea beetle Callosobruchus maculatus F. (Coleoptera: Bruchidae)
Journal of Stored Products Research 47 (2011) 210e215





























